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Mon histoire de Peak Trans

J’ai expliqué dans un article dédié ce qu’est un peak trans, et j’ai décidé de raconter le miens ici. Pour rappel, un peak trans décrit le moment où une personne qui était acceptante des trans et de leur politique voir activiste à leur côté réalise soudainement que quelque chose ne vas pas, souvent après un certains temps à se voiler la face.

J’ai commencé le féminisme comme libfem alors que j’étais au lycée. En passant beaucoup de temps sur Pinterest pour mes cours (si si, je vous jure), je suis tombée sur plein de posts prit à d’autres sites et qui parlaient de féminisme. J’ai donc lu énormément de screenshots de Twitter et Tumblr principalement. Beaucoup de posts traitaient de sujets sur lesquelles chaque féministe peut s’entendre : la culture du viol qu’il faut abolir, la charge mentale que subissent les femmes, les injustices au sein du monde professionnel, la violence subie comme les viols, les meurtres, la violence conjugale, etc.

C’était une introduction mainstream mais efficace. Je ne m’étais jamais posé ces questions avant. J’ai découvert l’importance du consentement, du « non c’est non », de l’avortement (avec « mon corps mon choix »), etc. C’est à cette époque qu’en cours de français j’ai appris le combat des Suffragettes pour le droit de vote en France et en Grande-Bretagne, même si le cours était édulcoré (j’apprendrais plus tard que les Suffragettes ont brûlé des bâtiments et pratiquaient les arts martiaux). Je me suis retrouvée baignée dans un monde qui expliquait certains malaises que j’avais depuis longtemps, comme l’hypersexualisation. A partir de témoignages (majoritairement Américains) je découvrais les oppressions que subissaient les filles et les femmes même dans des pays qu’on considère comme sécures pour nous.

Dans le même temps, je suis tombée dans l’idéologie Q*eer, parce que les deux sont intimement liés de nos jours. Leur théorie comme quoi le sexe et le genre sont deux choses séparées, et qui est empruntée aux féministes matérialistes, faisait sens et expliquait mon mépris de la féminité, que je trouvais contraignante. Je ne m’étais jamais maquillée, je ne portais ni robe ni talons, je ne m’épilais que par contrainte sociale importante, je venais habillée en homme ou avec des vêtements atypiques au lycée pour me démarquer. Malgré ça, je n’ai jamais cru que j’étais un homme.

J’ai lu les comics de Sophie Labelle qui m’ont introduite à la question trans. A cette époque j’étais dégoûtée par le sexe (j’avais entre 16 et 18 ans je rappelle). Je me suis identifiée asexuelle pour qu’on me laisse tranquille et que mes amis arrêtent de me montrer des photos pornographiques, ce qui a à peu près fonctionné. Je croyais à fond à l’idéologie trans, et je considérais les hommes trans-identifiés comme des femmes. Avec le recul, mon raisonnement n’était pas entièrement illogique.

Je considérais les hommes trans-identifiés comme des femmes dans un corps d’hommes. Comprenez, une catégorie de personnes ayant un corps mâle mais dont les comportements sont ceux des femmes biologiques. Pas dans le sens « attiré par la féminité » mais dans le sens où je croyais dur comme fer que c’était une catégorie qui avait les mêmes taux de criminalité que les femmes par exemple. Une catégorie qui voyait les femmes comme des sœurs, des semblables, qui pouvait être empathique pour nos problèmes, etc. C’est réaliser que ce n’était pas du tout le cas qui m’a fait peak trans.

J’ai commencé à faire mon peak trans, toujours en lisant des posts sur Pinterest, de radfems cette fois-ci. Celles-ci appuyaient sur des notions que j’avais apprises et comprises comme étant logiques et les appliquaient aux personnes trans. Elles m’ont fait réaliser que la pression pour sortir avec les trans était de la culture du viol, que les femmes étaient opprimées pour leur corps, leur biologie, leur sexe, que l’orientation sexuelle n’était pas basée sur le genre, etc. J’ai pas mal résisté à ces idées au début. Mais elles faisaient trop de sens, et surtout, elles étaient sourcées.

J’ai vite réalisé que sur Twitter, personne ne répondait à mes questions, et je devais tout accepter. J’ai regardé des youtubeurs trans, je les ai suivis et admirés pendant longtemps. J’ai essayé de discuter avec eux. C’était toujours les femmes trans-identifiées qui étaient les plus ouvertes et les plus sympas, qui répondaient aux questions. J’ai peak pour de vrai en lisant un trans dire que l’orientation sexuelle était une construction sociale, et la suite n’a été qu’une cascade jusqu’à ce que je supprime mon Tweeter, créé un compte Tumblr et lise un grand nombre de blogs de « méchantes Terfs », et finisse par créer ce blog par besoin de poser mes idées et de les partager en français.

Voici une liste des choses qui, après mon peak trans, m’ont définitivement faite basculer dans la radfémie.

La réaction à la mort de Magdalen Berns

Magdalen Berns était une lesbienne, radfem et activiste en ligne qui tenait une chaîne youtube. Elle faisait majoritairement des vidéos de réponse à des transactivistes homophobes et lesbophobes, ainsi que des explications de concepts radfems. J’ai appris son existence quand elle est morte d’un cancer du cerveau et que tout Twitter s’est réjoui de son décès.

Je ne la connaissais pas, et je commençais tout juste à avoir des doutes, mais voir des artistes trans que je suivais se réjouir de sa mort m’a profondément marquée. Ils disaient qu’elle était une TERF et qu’elle méritait de mourir. Encore aujourd’hui, y repenser me donne envie de pleurer tellement c’était immonde de voir tant de gens se réjouir de la mort de quelqu’un. Rhys McKinnon, dont j’ai parlé dans cet article, avait posté un GIF d’un squelette en feu pour célébrer l’annonce de son décès.

Sa chaîne est toujours en ligne, et je n’ai que récemment commencé à regarder ses vidéos, mais elles sont excellentes et je vous le recommande. Je n’avais pas osé avant car il y avait un côté profanateur à regarder les vidéos de cette femme dont j’avais vu la mort être célébrée.

La fermeture du Michfest

Le Michfest était un festival de musique réservé aux femmes, aux « wombyn born wombyn » donc les femmes biologiques nées femelles. C’était un festival ayant lieu sur un terrain privé dans le Michigan, d’où le nom, Michfest. J’en avais entendu parler juste avant l’annonce de sa fermeture, et je pourrais consacrer un article entier à ce qui s’est passé.

Pour faire court, bien que le festival accueille avec plaisir certains rares hommes trans-identifiés, il était fermé aux hommes de manière générale, déjà parce que le but était d’avoir un lieu réservé aux femmes, et parce qu’il y avait des enfants, des douches communes, et que les femmes pouvaient se promener torse nu. Cela n’a pas plus aux activistes trans qui ont décidé de le faire fermer.

Ils ont pour cela créé Camp Trans, juste en face du Michfest, et envoyé des messages aux organisatrices mentionnant qu’un pénis de femme trans était toujours plus femelle que les femmes du festival. Le festival a fini par craquer sous la pression et a fermé. L’affaire s’est morbidement terminée par le meurtre d’un couple de lesbienne noires et leur fils adoptif sous les yeux de leur autre fils par un des organisateur de camp trans, parce qu’elles avaient refusé ses avances.

Le Vancouver Rape Relief

J’en ai parlé sur Instagram mais pas ici. Le Vancouver Rape Relief est une refuge pour les femmes victimes de violences sexuelles et spécifiquement de viol, basé à Vancouver, au Canada. Sa politique est exclusivement femelle, et le refuge exclue donc les hommes trans-identifiés. Pour cela, il a été régulièrement attaqué depuis sa création, alors même qu’il n’enfreint aucune loi.

Ce qui m’a peak trans avec ce refuge, c’est quand il a subi une réelle attaque des transactivistes, qui ont laissé des graffitis « TERF » et « Les femmes trans sont des femmes » sur les vitres et les murs du refuge. Un rat mort a même été cloué à la porte. Cette attaque a profondément traumatisé les victimes de viol qui venaient au refuge. Peu longtemps après, le refuge a perdu les fonds que lui allouaient la ville de Vancouver car il n’était pas assez inclusif, décision influencée et encouragée par un homme trans-identifié. La ville a par la suite financé pour le triple de la somme allouée au refuge un immeuble pour loger exclusivement les personnes trans, montrant son hypocrisie.

Le plafond de coton

J’ai écrit un de mes premiers articles sur ce sujet, mais je vais en reparler ici car c’est un sujet qu’il ne faut pas oublier. Le plafond de coton est un terme inventé par Drew DeVeaux en 2012 et qui a marqué le début du harcèlement lesbophobe que subissent les lesbiennes de la part des hommes trans-identifiés. Le plafond de coton se réfère aux sous-vêtements des lesbiennes, comme des obstacles à franchir pour obtenir l’égalité.

La culture du viol dans les milieux trans est un vrai problème, et le plafond de coton en est clairement à l’origine. Considérer que les lesbiennes qui se battent pour les droits des trans sont problématiques car elles n’acceptent pas les pénis dans leur vie sexuelle est un raisonnement tellement masculin et tellement violent que j’ai du mal à comprendre que les libfems ne captent pas le problème. Le plafond de coton a joué dans le peak trans de nombreuses femmes.

Redkaterinee

RedKatherinee est une artiste lesbienne, féministe et radicale Russe qui a posté plusieurs dessins critiquant l’activisme trans. Pour son art, et parce qu’elle est lesbienne, elle a reçu des menaces de mort hyper graphiques dont des illustration d’elle en train de mourir, et a été dénoncée à la police Russe pour son orientation sexuelle. Elle a depuis désactivé ses réseaux sociaux et aux dernières nouvelles, elle allait bien mais se protégeait de la violence en restant discrète.

J’ai entendu pour la première fois parler d’elle quand une transactiviste a comparé son art à de la propagande nazie, décrivant un dessin représentant des personnes transgenres et pansexuelles brûlant dans de l’eau bouillante. Voici le dessin en question, pour vous aider à comprendre à quel point c’était un mensonge éhonté.

Et voici ce qu’elle a reçu en retour (attention illustration censurée d’une jeune femme morte pendue à une corde aux couleurs du drapeau trans) :

Le t-shirt indique « RedKatherinee », donc pas de doute possible.

L’incitation à la violence

La violence du mouvement a vraiment été une source de peak pour moi, qui voyait les personnes trans comme je voyais les femmes ou les homosexuels : un groupe opprimé qui veut des droits égaux et nécessaires. Voir les activistes trans s’attaquer à des féministes plutôt qu’à des hommes (qui représentent 100% des meurtriers de personnes trans), mentir sur tellement de choses, menacer et harceler en ligne, a été une des choses qui m’a fait réaliser que leur mouvement ressemblait plutôt à un mouvement pour la suprématie masculine qu’à un mouvement de libération.

Les images suivantes illustrent parfaitement ce qui m’a fait peak quand j’étais à la recherche de réponses sur Tumblr et Pinterest. Des « les tombes des TERFs sont des toilettes mixtes », des TERFs pendues en manifestation, et une photo de l’homme (qui est un nazi en passant) qui a rendu le mot « cis » mainstream. J’aurais beaucoup d’autres exemples à donner, mais ce n’est pas le but de cet article.

La protection des violeurs

J’ai lu personnellement deux histoires impliquant des hommes trans-identifiés connus qui avaient commis des viols, qui l’avaient admis et avaient été exposés, mais qui ont été protégés par leur communauté et qui ont gardé leur position. Ces deux hommes sont Eli Erlick et Cherno Biko.

Ce qui m’a choquée c’est que dans les deux cas, ces hommes ont abusé des femmes trans-identifiées, des membres de leur propre communauté sur lesquelles ils avaient autorité. Cela a contribué à me faire comprendre que les dynamiques sexuées ne disparaissent pas dans les milieux trans, elles sont justes masquées. Ce qui m’a ensuite été confirmé par les témoignages de femmes trans-identifiées et détransitionnées qui parlaient de leur expérience avec les hommes trans-identifiés.

C’est anecdotique, mais ma première rencontre avec cette dynamique a été sur Twitter, d’une femme exposant son violeur en le décrivant comme une femme tout du long, ce qui m’avait rendue confuse. Faire ça masque les dynamiques de pouvoir, mais mégenrer est pire que le viol de leur point de vue.

Les études scientifiques

Finalement, au-delà de la violence, c’est l’introduction aux études scientifiques empiriques qui m’a peak trans. Soudain, il y avait des données solides, des suivi réalisés sur plusieurs années, des chercheurs qui avaient étudié le sujet et avaient donné des explications. C’est ainsi que j’ai découvert que les hommes trans-identifiés ont le même taux de violence que les hommes, que les intersexes ne sont ni un troisième sexe ni la preuve que le sexe est un spectre, que les cerveaux de femme et d’homme sont un mythe, qu’il existe une définition solide du sexe, etc.

C’est aussi ce qui m’a fait découvrir que le genre est toxique, tellement toxique qu’il nous colle à la peau et que c’est presque impossible de s’en défaire. Après les études scientifiques, il y avait l’analyse des radfems, et elles faisaient sens. Des femmes qui avaient passé des années à analyser le patriarcat, à chercher à le détruire, à partager leurs découvertes et leur connaissances, leurs expériences en tant que femmes, noires, lesbiennes, prostituées, féministes, anti-religion, victimes de violences et du patriarcat.

Mais les études apportaient une base solide à toutes les affirmations contradictoires que je recevais. En cas de doute, je ne me tourne pas que vers les radfems que je sais être plus expérimentées, je me tourne vers les études et la science. Vers la biologie, la sociologie, la psychologie. Toujours avec un esprit critique parce que je ne suis plus croyante, je suis critique.

Conclusion

Comme vous l’avez lu, mon féminisme s’est découvert et structuré autour de la question de la trans-identité. J’ai commencé par y être ouverte et même enthousiaste, avant de réaliser qu’il y avait un (et même plusieurs) problèmes. On me demande souvent pourquoi je parle autant du sujet, et pourquoi je ne me concentre pas sur d’autres problématiques plus « urgentes ».

La réponse, c’est que c’est ma spécialité. J’ai passé des années dans ce bain, à apprendre et à lire, avant de tomber tête première dans le féminisme radical. Et je ne suis pas simplement une critique du genre, puisque je suis également critique de l’industrie du sexe, de la pornographie, de la prostitution, de la GPA, de l’industrie de la beauté, de toutes ces choses que critiquent les radfems.

Mais bien que j’utilise tout ces éléments (et mes connaissances en biologie) pour faire mes analyses, mon angle d’attaque reste l’activisme trans car à mes yeux, c’est un problème urgent. C’est un problème énorme qui va causer d’énormes dommages si on le laisse faire et qui a déjà commencé. C’est un problème qui va aggraver tout les autres problèmes plus urgents.

Si vous voulez lire sur la violence sexuelle, la prostitution, le racisme, l’homophobie et la lesbophobie, il existe d’autres radfems qui parlent plus de ces sujets. Moi, je me concentre sur ce que je sais pour écrire en même temps que j’essaye d’en apprendre plus. Mais cela restera ma spécialité encore longtemps, je pense.


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CC BY-NC-SA 4.0

3 réponses sur « Mon histoire de Peak Trans »

C’est Sophie Labelle qui m’a fait peak il y a des années. Ou plutôt, m’a fait enfin assumer que je n’ai jamais été libfem, et n’ai jamais, une seule fois, cru un homme qui me disait qu’il était une femme. J’ai grandi dans une famille homoparentale, j’ai fait les gay pride toute mon enfance, le drapeau LGBT dans le salon, et je n’y ai -jamais-cru. Petite fille, je n’ai jamais cru un homme adulte qui me disait qu’il était une femme, ceux que je rencontrai via ma famille.
Mais c’est véritablement le jour où Labelle a dit sur son facebook que parler avortement était transphobe, que j’ai fait mon coming out radical. Même si celui ci a pris un temps monstre. Désormais, je ne m’en cache plus. Tout le monde le sait. On me chuchote souvent à l’oreille que j’ai du courage d’assumer haut et fort la réalité. Que certaines femmes espèrent trouver le même courage. Je les laisse venir doucement, j’accepte de parler à leur place, en leur nom, je comprends complètement leur peur. Et puis concernant les autres femmes qui me disent que je suis transphobe, je leur dis sans complexe « y a un moment ça va finir par percuter. Parce que tu sais que j’ai raison, et je suis convaincue que tu te persuades toi-même de quelque chose qui n’est pas vraie. Tu es conditionnée, et le jour où tu auras le déclic, reviens me voir, tout sera pardonnée ». Par contre mes ex amis hommes « Queer », je ne leur pardonnerai jamais, surtout quand ils connaissent mon enfance et la violence que ma mère a subi en tant que femme lesbienne, ni les menaces de mort et de viol que je me suis reçue sur les réseaux. Ils sont complices.

Mon père qui était homosexuel lui aussi, m’a dit très justement un jour, à l’adolescence « ne tombe pas dans le panneau. Les hommes gays peuvent être parfois plus misogynes que les héréros. » et il avait raison.

Bref. Bienvenue au club sister. <3

Bravo pour cet article très clair. Pour ma part, le peak trans était l’annulation d’un atelier (d’une demie journée) sur le clitoris dans un festival féministe (de 3 ou 4 jours) à Heidelberg à l’ été 2016. Jusque là je pensais aussi que les trans étaient un groupe opprimé et que le féminisme devait les libérer eux aussi.

Merci pour cet article !

Mon peak trans a commencé lors de l’affaire des Tweets de JK Rowling en 2019, quand j’ai vu toute la haine et la bêtise dont les transactivistes sont capables. Mon peak trans s’est concrétisé avec l’histoire de Jessica Yaniv, l’homme qui a intenté un procès à une esthéticienne à Vancouver qui ne voulait pas lui épiler les parties génitales (masculines). Par la suite, Jessica Yaniv s’est d’ailleurs révélé être un pédophile. J’ai commencé à gratter sur internet et j’ai réalisé que ce milieu est infesté de pervers et de pédophiles, d’exhibitionnistes éhontés et de gens qui cherchent juste le clash et la violence – aux dépens des femmes.

Pour finir, il y a eu le documentaire « DYSPHORIQUE » de la réalisatrice indienne Vai­sh­na­vi Sun­dar, le hold-up sur le sport féminin par les femmes trans, et bien sûr l’agression des militantes féministes le 8 mars 2021 à Paris.

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