Catégories
Articles

Vos questions sur le sexe biologique !

Suite à la rédaction de mon dernier article, qui définissait le sexe biologique, j’ai décidé de faire une session de questions/réponses sur Instagram. Et au vu de la pertinence des questions, j’ai décidé de dédier un article entier au développement de réponses satisfaisantes, précises et sourcées. Vous retrouverez ici les questions telles qu’elles m’ont été posées sur Instagram et dans les commentaires du dernier article. Je n’ai modifié que certains aspects des questions pour les rendre plus lisibles.

N’hésitez pas à passer les sections qui vous intéressent moins pour vous concentrer sur les questions auxquelles vous voulez réponse. Certaines questions nécessitent pas mal d’explications pour que la réponse soit accessible, mais j’ai essayé de rester la plus concise possible malgré la complexité du sujet.

Bonne lecture !

Questions sociales

« Savez-vous depuis quand le sexe biologique est remis en question et qu’on privilégie le genre ? »

C’est une question qui mérite un article entier. La question du genre s’est posée dès les années 30 avec un vocabulaire très différent de celui qu’on utilise actuellement. Mais le concept a été popularisé dans les années 70 par des universitaires Américaines. Judith Butler est sans doute la plus connue mais John Money (qui a « découvert » le concept d’identité de genre) a également influencé notre interprétation du genre.

Toujours est-il qu’en pratique la masculinité des hommes gays a toujours été remise en question, et ce partout dans le monde depuis des centaines d’années. Peut-on parler de « remise en question du sexe biologique au profit du genre » ? Peut-être. Les personnes trans n’existaient pas comme on l’entend actuellement au début du 20ème siècle. Je pense que l’entrée de cette nuisance dans la politique mainstream est très récente. 100 ans restent très court dans l’histoire de l’humanité.

« Comment est-ce possible que la science soit effacée par une idéologie, et à la vue de tous ? »

Pour répondre à cette question, il faut regarder dans l’histoire et réaliser que c’est en fait très commun. De tous temps les hommes ont menti ou interprété la science en fonction de leurs envies, pour justifier l’oppression des femmes. Avant, les femmes étaient stupides parce que leur cerveau était petit. Elles étaient trop émotionnelles parce qu’elles avaient un utérus, qui pouvait les rendre malades. Les prostituées étaient presque d’une espèce différente, naturellement stupides et incapables…

De nos jours, le discours a changé mais le fond reste le même. Les inégalités de genre sont naturelles et non socialement construites, et les femmes sont naturellement féminines. Tout le monde aime penser que les choses sont comme elles sont et qu’on n’y peut rien. Hier c’était le poids du cerveau qui justifiait les différences, aujourd’hui c’est l’imagerie médicale.

Lire « Delusions of Gender » (en anglais) pour un exposé complet de ce phénomène.

Questions sur les troubles du développement sexuel

« Quel pourcentage de la population a un réel trouble de développement sexuel (génétique, chromosomique, etc) ? »

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre parce que cela dépend de ce qu’on considère comme un trouble du développement sexuel. Anne Fausto-Sterling a proposé le chiffre de 1,7%, retenu par de nombreuses associations intersexes* militantes qui adhèrent à la théorie queer. Cependant sa proposition a été réfutée par un biologiste dans un article scientifique1 qui explique brillamment pourquoi ce chiffre est bien trop élevé pour refléter la réalité. Elle comptait des troubles comme le Syndrome des Ovaires Poly-Kystiques dans l’intersexualité*. Et sans surprise, c’est une théoricienne queer qui souscrit à l’idée qu’il existe cinq sexes chez l’être humain.

Les êtres humains, bien que dimorphiques, ont une grande variété de développement au sein d’un sexe (mâle ou femelle). Le chiffre retenu par Leonard Sax dans son essai est de 0,6% de la population, chiffre que je retiens en raison de la pertinence de son analyse par rapport à l’analyse d’Anne Fausto-Sterling. Pour autant, le chiffre le plus répandu est 2%, qui est un arrondissement du 1,7% d’Anne Fausto-Sterling.

« Comment définir les intersexes* s’il n’y a que la case homme – femme ? Ils choisissent ? »

Le mot intersexe* porte à confusion sur ce sujet. J’en parle à la fin de l’article. Pour faire court, on ne définit par intersexe*. On observe que certaines personnes ne se développent pas normalement au niveau du sexe, et on décide de mettre ces personnes dans une même catégorie, celle des troubles du développement sexuel. Ces personnes ont été nommées hermaphrodites*, intersexes* et bien d’autres choses au cours de l’histoire.

Par la suite, et grâce aux avancées médicales et technologiques, on a pu déterminer que chaque individu de l’espèce humaine, même ayant des troubles sévères du développement sexuel, pouvait rentrer dans la case homme ou femme. Parfois, cela demande une équipe d’experts qui vont faire des biopsies et des analyses de caryotypes (c’est très rare). Mais il n’existe pas de cas de troisième sexe, de personne sans sexe ou de personne hermaphrodite.

Et non, les personnes ayant un trouble du développement sexuel ne choisissent pas leur sexe légal la plupart du temps. Certaines changent leur sexe légal pour mieux correspondre à la réalité de leur corps si les observation faites à la naissance ne correspondent pas ou plus. Mais ce n’est pas la majorité.

« Les personnes atteintes du syndrome d’insensibilité aux androgènes n’ont pas d’utérus (d’après ce que j’ai vu que internet) et peuvent avoir des testicules. Comment est-ce qu’on peut dire que leur corps est organisé autour de la production de gamètes gros et mobiles (dans un but de reproduction) ? »

Il existe deux sortes de syndrome d’insensibilité aux androgènes2. Le syndrome complet (CAIS) et le syndrome partiel (PAIS). Dans mon article précédent je ne l’ai pas précisé mais je parlais du CAIS, donc du syndrome d’insensibilité complète. Ce trouble ne touche que les mâles génétiques (XY). Pour développer mon raisonnement, je vais expliquer les symptômes de ce trouble et comment il se développe.

Les patients ayant un CAIS ont des chromosomes XY normaux, et le Y porte bien le gène SRY qui déclenche le développement en mâle. Pour cette raison, le fœtus va développer du tissus testiculaire, qui va à son tour produire des androgènes (hormones masculinisantes) et l’hormone anti-müllérienne (qui empêche le développement en femelle). Chez les personnes ayant un CAIS, comme leur corps ne dispose pas de récepteurs d’androgènes, ils ne se développent pas en mâles ordinaires. Mais la présence de l’hormone anti-müllérienne empêche également le développement des structures femelles. Le surplus d’androgène sera alors changé en œstrogènes par une enzyme, déclenchant un développement du phénotype femelle. Pour simplifier, le bébé aura un vagin mais pas d’utérus ni d’ovaires, et des testicules internes.

Comme le corps est influencé par les œstrogènes, il se développe comme celui d’une femme normale, minus les organes reproducteurs internes. Pour cette raison, je considère les mâles ayant un CAIS comme des femmes car à part leurs chromosomes XY, rien ne fais d’eux des hommes. Ce sont des personnes avec un corps de femme, surtout si on considère les structures sexuelles secondaires. En revanche, ce sont toujours des mâles génétiques, ce qui a une importance médicale. Mais au niveau social, et au niveau biologique, les traiter comme des hommes ne serait pas approprié, cela ne reflète pas la réalité de leur corps et de leur existence. On peut parler de femmes ayant un TDS, et non d’hommes.

Questions sur la définition

« J’avais entendu un entretien (où, quand, quel média, bonne question) où le ou la spécialiste disait que le sexe était déterminé en plusieurs étapes (cohérentes quand tout de passe bien) : sexe chromosomique, sexe phénotypique et sexe hormonal. Il ou elle disait que lorsqu’une de ces étapes se passe différemment du programme prévu par les deux autres, la personne peut être désignée comme intersexe. La définition qui en est tirée du sexe est non binaire, et un peu plus compliquée que la vôtre. En revanche, pourquoi dites-vous que votre définition est plus performante ? »

Très simplement : parce qu’elle reflète la réalité. On ne fais pas les bébés de manière non-binaire mais de manière binaire. Ce qui est non-binaire, c’est l’expression du sexe chez les individus. Les définitions à base de phénotype, d’hormones, de gènes, etc. reflètent bien la diversité des êtres humains, mais elles ne saisissent pas ce qu’est le sexe. Comme toujours quand on parle de définition, il faut réfléchir à l’envers.

Ce n’est pas « qu’est-ce qu’on met derrière le mot sexe ? » mais plutôt « il y a des hommes et des femmes, qui sont nécessaires pour faire un bébé, et c’est pareil chez plein d’animaux, comment appeler ce phénomène ? » Avec le temps, on arrive à des définitions plus performantes car on comprend mieux les phénomènes qui ont été observés il y a des centaines d’années. Ma définition est plus performante car c’est une vraie définition, pas un schéma à choix multiple.

« Qu’est-ce qui est défectueux (hormis peut-être sa complexité) dans la définition d’un sexe défini génétiquement, puis phénotypiquement, puis hormonalement ? (Les individus sexués sont ceux pour lesquels le parcours correspond au sexe génétique, les autres individus seraient intersexués). »

La complexité est un premier défaut qu’il est important de noter. Une définition doit être simple. Ensuite, une définition doit saisir l’essentiel d’un concept. Définir le sexe par plusieurs aspects qui jouent un rôle dans son développement mais qui ne sont que des conséquences n’est absolument pas efficace. La question, encore une fois, est de savoir ce que l’on observe comme phénomène qui nécessite le mot « sexe ».

« Plus précisément, quels critères doit vérifier une définition (du sexe) pour être valide ? À quel point doit elle être fonctionnelle (descriptive d’une fonction), structurelle (comme la vôtre semble l’être dans les faits), prédictive (les mâles peuvent faire ça, les femelles ça)… ? »

C’est complexe comme question parce qu’une définition n’est pas la même, ne décrit pas la même chose, en fonction de l’objet qu’elle définit. On peut décrire un même objet de plusieurs manières, ce qui est important est de décrire l’essentiel. En général, on cherche la fonction et la structure, mais cela dépend.

Par exemple, une chaise est définie par Larousse comme ceci : « Siège à dossier, sans bras. » Le siège décrit la fonction, le dossier décrit la structure et l’absence de bras la sépare du fauteuil. La définition du sexe doit prendre en compte la fonction, la structure qui en résulte (puisque c’est un élément biologique) et potentiellement un élément qui permet de le différencier d’un élément proche. L’aspect « prédictif » n’existe pas puisqu’il s’agirait de la fonction.

Questions sur le sexe biologique

« Tu dit dans l’article que le sexe a uniquement une fonction reproductive, or les humains peuvent pratiquer le sexe sans avoir envie de procréer mais juste pour le plaisir. Du coup je me demandais si tu avais un avis là-dessus ? »

Ma définition du sexe concerne uniquement la fonction biologique de reproduction. En d’autres mots, qu’est-ce qui différencie un mâle d’une femelle. Malheureusement, le mot « sexe » peut également se référer à l’acte sexuel ou reproductif et aux parties génitales, ce qui porte à confusion. Quand je dit que la seule fonction du sexe est la reproduction, c’est parce que je parle uniquement du sexe reproductif, à savoir la différence mâle/femelle.

Mais pour répondre sérieusement à la question, oui, les humains utilisent le sexe à des fins récréatives, comme beaucoup d’animaux. Les organes génitaux ont la double fonction plaisir/reproduction. L’acte sexuel peut également être un acte de pouvoir et de violence, ce qui est déplorable. Et les différences sexuelles, le dimorphisme, ont aussi une fonction sociale de reconnaissance des individus. Bref, le sexe en tant que fonction reproductive ne se limite pas à la reproduction chez l’espèce humaine. Mais cela reste sa fonction première, la raison de son existence. Le reste n’est qu’interprétation humaine !

« Sur le sujet du sexe biologique, je pensais, dans le cas des personnes intersexes, que chromosome Y = homme, que c’étaient ces chromosomes la base biologique du sexe. Si ce n’est pas le cas, qu’est-ce qui détermine le sexe en premier lors de la conception ? »

Les chromosomes sont la base biologique du sexe. Normalement, XX = femelle et XY = mâle. C’est également le cas de l’immense majorité des personnes ayant un trouble du développement sexuel. Cependant, il existe des exceptions. Ces exceptions sont 1) l’absence d’un chromosome sexuel (45,X0), 2) l’inversion des chromosomes par rapport au sexe réel (femme XY, homme XX) et 3) les chromosomes en plus (47,XXY ; 48,XXYY…).

Ces exceptions sont, eh bien, des exceptions. Elles n’invalident pas la règle de base. Ce qui décide du sexe, à la base, ce sont les chromosomes, car ce sont eux qui portent tous nos gènes. La base du sexe, ce qui « décide » de la voie à prendre, ce sont bien les chromosomes. Sinon une femme XY ne serait pas une anomalie d’un point de vu médical.

« A quel point nos hormones peuvent-elles influencer notre comportement ? Y a-t-il une part de vérité biologique à la base des stéréotypes de genre sexistes (Ex : femmes plus empathiques, hommes qui prennent plus de risques…). »

Les hormones influencent énormément notre comportement. Elles sont responsables d’énormément d’émotions et de réactions. Les hormones influencent notre agressivité, notre peur, notre empathie, notre humeur, et nos fonctions vitales. Cependant, il est très difficile de savoir ce qui est acquis ou inné chez l’être humain car nous prenons des décisions parfois en dépit des éléments biologiques. Nous sommes influencés par notre environnement à un niveau très élevé.

Les stéréotypes ont également une part de vérité en eux, comme très souvent. Mais la réalité est bien moins exagérée que ce que la propagande patriarcale nous vend. Oui, les femmes sont plus empathiques (en tout cas envers les hommes) et les hommes plus violents (regardez les statistiques du FBI, c’est édifiant…). Mais la question de la socialisation se pose. Nous sommes des êtres complexes avec des vécus variés. Ce n’est pas aussi simple que cela.

Pour simplifier, nos hormones influencent énormément notre comportement, mais je ne pense pas qu’elles soient à l’origine des différences de comportement entre hommes et femmes. Ou du moins, elles ne sont pas l’influence la plus importante.

Note sur « intersexe » et « hermaphrodite »

Vous aurez peut-être remarqué que tout au long de l’article, le terme intersexe est accompagné d’une astérisque (*). La raison est que je tenais particulièrement à expliquer quelque chose d’important sur ce terme.

Comme je l’ai expliqué, le terme intersexe est incorrecte, car sa racine signifie « entre les sexes ». Or, cela ne décrit pas la réalité des personnes qui ont un ou des troubles du développement sexuel. Le terme est majoritairement militant, à savoir qu’il est utilisé par des personnes qui se revendiquent « intersexe » de manière politique. Il a commencé à être utilisé partout avant que le terme « trouble du développement sexuel », abrégé en TDS ou DSD en anglais, soit inventé.

« Intersexe » est comme « hermaphrodite » : les médecins l’utilisaient pour parler de condition qu’ils ne comprenaient pas, au fond. Tout comme hermaphrodite, intersexe est un terme dépassé puisqu’on a découvert que tout comme l’hermaphrodisme, le fait d’être entre les sexes n’existe pas chez l’humain.

J’utilise le terme par souci de clarté et parce que cela me permet de parler de ce problème. Mais sachez que tout comme il y a une différence entre les militants LGB/transsexuels/traverstis et les militants queers, il y a une différence entre les militants handicapés/ayant un TDS et les intersexes.

Ce mot porte une charge politique et idéologique que je ne partage pas.

Conclusion

Je réalise doucement à quel point c’est important que je continue à définir des concepts biologiques par les temps qui courent. Ce sont des sujets méconnus par la population générale, ce qui est bien normal puisque ce n’est pas nécessaire de savoir ce qu’on met derrière le mot « sexe » dans la vie de tous les jours. Mais quand on est activiste ou simplement curieuse et qu’on vit dans un monde ou la réalité du sexe est niée, cela devient important.

Au moment où je rédige cette conclusion, je viens d’apprendre que l’école publique de Chicago a déclaré que le sexe était une construction sociale3. Un élément déterminé par l’entourage. Quelque chose qui n’a rien à voir avec la biologie. Et je me dit que j’ai écrit cet article au bon moment. La connaissance est une arme à une époque de désinformation et de mensonges. Je continuerai à apprendre le plus de choses possible et à les partager sur ce blog.

Merci de m’avoir lue ! Cet article sera sujet à des modifications si d’autres questions se présentent, ou si je trouve une meilleure manière de répondre à certaines interrogations.

Sources externes :
(1) How Common is Intersex ? A response to Anne Fausto-Sterling par Leonard Sax
(2) Androgen Insensibility Syndrom
(3) Chicago Schools Tells Teachers Sex Is « Socially Constructed », Tells Them To Hide Students Gender Pronouns From Parents par le Daily Caller

CC BY-NC-SA 4.0

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.