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Le sexe biologique : Définition

Après plus de soixante articles sur ce blog, je me suis dit qu’il était temps de donner une définition en bonne et due forme du sexe biologique. Je n’ai vu aucune définition convaincante sur le net, encore moins sur les sites d’infos pour les personnes trans et en questionnement, donc je pense qu’il est nécessaire d’éclaircir ce point.

Les infos mainstream

Pour voir ce que je pouvais trouver, j’ai tapé « sexe biologique » dans mon moteur de recherche et j’ai prit des captures d’écran des résultats les plus intéressants à critiquer. Notez que je n’ai trouvé aucune définition correcte, mais certaines étaient clairement mieux que d’autres, comme nous allons le voir.

J’ai fais le choix de n’enregistrer que les résultats de recherche, parce que la taille du slug limite le nombre de caractère possible et force les rédacteurs à être concis dans leurs définitions. Si l’envie vous prend, allez sur les sites que j’ai trouvés et lisez leurs définitions complètes.

Je vous encourage à essayer par vous-même pour voir les résultats que vous aurez. Notez aussi que je n’ai pas enregistré tous les résultats de la page. Je vais simplement en faire une critique rapide ici.

Résultat de recherche. Site internet : Parlons Sexualités. Slug : "Qu'est-ce que le sexe biologique ? Dans le langage courant, le sexe d'une personne désigne ses organes génitaux ainsi que son identité biologique, le plus souvent masculine ou féminine. Cette identité biologique est définie à partir de plusieurs caractéristiques sexuelles : les organes sexuels (externes et internes), les hormones, les chromosomes..."

Une seule question : qu’est-ce que l’identité biologique ? Cette définition est un cas classique de confusion sexe genre, et on n’apprend rien sur la nature du sexe biologique, sa fonction, son rôle, etc. dans le corps.

Résultat de recherche. Site internet : IRSC CIHR Slug : "Le sexe est déterminé par un ensemble d'attributs biologiques retrouvés chez les humains et les animaux. On l'associe principalement à des caractéristiques physiques et physiologiques, par exemple les chromosomes, l'expression génétique, les niveaux d'hormones et la fonction hormonale, ainsi que l'anatomie de l'appareil génital."

Cette définition est géniale parce qu’elle ne dit rien tellement elle est vague. En lisant, avez vous la moindre idée de ce dont on parle, de sa fonction ? Est-ce un organe ? Un système ?

Résultat de recherche. Site internet : Information Transgenre Slug : "Sexe biologique. Le sexe biologique d'une personne est déterminé à la naissance et dépend purement et simplement des constatations faites à cette occasion par les médecins. On pense généralement que seules deux options sont possibles : soit un sexe masculin, soit un sexe féminin. Il n'en est rien. Des recherches scientifiques révèlent que le sexe biologique présente bien davantage de facettes."

Selon cette définition le sexe biologique n’existe même pas en tant que tel, et dépend simplement des médecins : en l’absence de médecins, pas de sexe du coup. On retrouve aussi l’idée que le sexe n’est pas binaire, ce qui est faux, j’en parle dans cet article.

Résultat de recherche. Site internet : blog.potate.space Slug : "Le sexe est divers, variable et assez malléable. A l'origine de la plupart des mythes sur le "sexe biologique" se trouve l'hypothèse principale qu'il existe deux sexes distincts qui s'excluent mutuellement et qui sont immuables (c'est-à-dire qu'une fois né dans un sexe, vous serez toujours membre de ce sexe)."

Ma préférée. Rien n’est vrai. Je ne sais pas quoi dire d’autre. Chaque affirmation ici est fausse, ce que je trouve absolument incroyable.

Résultat de recherche. Site internet : Better to Know Slug : ""Le sexe biologique est assigné à la naissance en fonction des organes génitaux, des chromosomes et des hormones. Les personnes naissant avec un pénis et des testicules se voient assigner le sexe masculin ; les personnes naissant avec une vulve se voient assigner le sexe féminin ; les personnes naissant avec des organes génitaux à la fois masculins et féminins sont dites intersexuées."

Bon, le sexe n’est pas assigné, et les médecins ne vérifient pas les hormones et le caryotype (les chromosomes) à la naissance. Ensuite, confusion sexe/genre, et mythes sur les personnes ayant un trouble du développement sexuel.

Résultat de recherche. Site internet : CNRS Le journal. Slug : "Autrement dit, les différents niveaux du sexe biologique ne sont pas tous réalisés à la même période de la vie. Ils se déploient autour de quatre temps forts que sont la fécondation (où se détermine le sexe chromosomique), la vie intra-utérine (où se met en place le sexe gonophorique), la naissance (où est examiné le sexe périnéal qui va décider du sexe d'état civil) et la puberté (où s'épanouit le sexe hormonal), autant d'étapes autour desquelles..." (la suite manque, l'extrait du slug étant généré automatiquement à partir du contenu du site)

Déjà le titre de l’article est un mauvais présage. Ensuite, on retrouve un des mythes sur le sexe qui sert à justifier un modèle du sexe comme spectre : l’idée que le sexe est déterminé à plusieurs moments de la vie. Mais c’est bien la première fois que je vois la naissance comme déterminant du sexe.

Sexe biologique : Kézako ?

Allons-y pour la vraie définition. Si je ne pense pas détenir la science infuse, pour le coup je considère cette définition comme la seule valable. Elle me vient d’un biologiste (donc quelqu’un qui s’y connaît), et je n’en ai jamais vu d’aussi performante et exacte que celle-ci.

Le sexe est défini chez l’humain par l’organisation du corps autour de la production de gamètes petites et mobiles ou grosses et immobiles, dans un but reproductif.

Il y a plusieurs choses à tirer de cette définition.

Le sexe n’est pas défini par les hormones, les caractéristiques sexuelles secondaires, les chromosomes, ou les organes génitaux.
Le sexe est défini par quel type de gamète le corps est fait pour produire, ce qui est associé aux taux d’hormones, aux caractéristiques sexuelles secondaires, aux chromosomes et aux organes génitaux. Mais le sexe n’est pas défini par tout ces éléments, au contraire, c’est le sexe qui va déterminer ces éléments.

Le sexe est défini par quel type de gamète il est fait pour produire, et pas par la capacité du corps à produire un des deux types de gamète.
Un homme infertile est toujours un homme. Une femme ménopausée est toujours une femme. Les enfants sont de sexe mâle et femelle avant leur puberté, et même avant leur naissance. Une personne qui devrait en théorie pouvoir produire un type de gamète mais ne peut pas pour diverses raisons n’est pas asexuée.

Le sexe est un moyen de reproduction.
Ce n’est pas une partie de la personnalité, ce n’est pas une identité quelconque, ce n’est pas une manière de penser ou de se comporter. C’est un aspect biologique qui permet d’avoir des bébés. Sa fonction s’arrête là. Les aspects de notre vie qui sont affectés par le sexe ne sont que des conséquence, qui découlent de l’évolution. Le sexe est neutre, il n’a pas d’intention.

Tout le corps a un sexe, pas juste nos organes génitaux.
Toutes nos cellules portent la marque de notre sexe, et comme nous sommes une espèce dimorphique, notre corps entier diffère en fonction de si nous sommes un mâle ou une femelle. Il n’y a pas de « défaut », simplement deux versions, qui ont prit cette forme pour des raisons évolutives variées liées à la survie et à la reproduction.

Il n’y a que deux sexe chez l’être humain.
Comme il n’existe que deux types de gamètes chez l’humain (ovules et spermatozoïdes), il n’existe que deux sexes. Cela ne signifie pas qu’il n’existe qu’une manière d’être mâle ou femelle, en revanche cela signifie qu’il n’existe pas de troisième sexe et pas de « mélange » entre les deux. En complément, lors de la différentiation, le corps produit des hormones empêchant le développement en l’autre sexe.

Le sexe est inné et on ne peut pas en changer.
Puisque le sexe est décidé à la conception, avant même que le développement de l’embryon soit assez avancé pour qu’il soit observé, le sexe est inné, non acquis. Et parce qu’on ne peut pas changer l’organisation biologique de notre corps et ses fonctions reproductives (entre autre), on ne peut pas changer de sexe. On peut seulement changer d’apparence.

Selon cette définition, une personne avec des chromosomes XY et un syndrome d’insensibilité aux androgènes, née avec un corps typiquement femelle, et n’ayant pas fait sa puberté, est une femme, sans aucun compromis. Pas « en partie une femme » ou « femme avec des particularités biologiques masculines », juste femme. Et c’est pour ça que cette définition est la meilleure selon moi.

Elle respecte la réalité biologique du sexe, explique sa fonction, et prends en compte l’expérience vécue des personnes.

Le sexe, c’est compliqué

On m’a dit un jour en messages privés « mais on ne peut pas réduire le sexe à juste ça, c’est bien plus complexe ». Et c’est vrai, en un sens. Mais le but d’une définition n’est pas de faire une liste exhaustive de toutes les caractéristiques et variations de ce qu’elle définit. Ce serait le rôle d’une encyclopédie, à la limite. Une définition doit capter l’essentiel de ce qu’elle définit et placer des limites claires qui séparent son objet du reste, afin de faire la différence. Une définition doit être simple et facile à comprendre dans la limite du possible.

Pour illustrer la complexité réelle du sexe biologique, j’aime donner l’exemple de la gravité. La gravité est une force qui impacte tout l’univers, qui influence la rotation des planètes, qui crée nos marées, qui nous garde attachées au sol. Mais, au quotidien, ce n’est pas ce qu’on voit, et ce n’est pas ce qu’on explique aux enfants.

Ce qu’on voit, c’est que quand on lâche un objet, il tombe par terre. C’est la base. Et tout ce qu’il y a derrière, les planètes, le système solaire, l’attraction des masses… n’en est pas moins vrai. Mais la science complexe approfondis les bases, elle ne les dément pas. Pour le sexe c’est la même chose. Au quotidien, la plupart des impacts du sexe ne se remarquent pas, mais ils influencent notre vie. Et quand on creuse plus loin, certaines vérités simples ne changent pas : il existe deux sexes chez l’humain (mâle et femelle), on ne peut pas changer de sexe, seules les femmes peuvent tomber enceintes, etc.

Donc oui, le sexe est compliqué. Mais plein de choses le sont, et ce n’est pas pour ça que les vérités simples sur des sujets complexes sont fausses. Elles ne sont juste pas exhaustives.

Conclusion

Il y a beaucoup à dire sur le sexe. J’ai essayé de garder l’article clair et accessible, mais c’est difficile avec un sujet aussi riche et sur lequel j’ai beaucoup à dire. Sans doute qu’un jour je dédierai un article complet à l’analyse des mythes qui perdurent sur le sexe, dans les milieux militants et scientifiques.

En attendant, n’hésitez pas à partager cette définition et à me donner votre avis en commentaire ou par mail !

CC BY-NC-SA 4.0

5 réponses sur « Le sexe biologique : Définition »

je ne comprends pas le paragraphe : « Selon cette définition, une personne avec des chromosomes XY et un syndrome d’insensibilité aux androgènes … » qu’est ce que c’est que ce syndrome?
Mais sinon, l’article est super.

Merci pour cet article, hyper intéressant. J’ai quelques questions…
– Les personnes atteintes du syndrome d’insensibilité aux androgènes n’ont pas d’utérus (d’après ce que j’ai vu que internet) et peuvent avoir des testicules. Comment est-ce qu’on peut dire que leur corps est organisé autour de la production de gamètes gros et mobiles (, dans un but de reproduction) ?
– J’avais entendu un entretien (où, quand, quel média, bonne question) où le ou la spécialiste disait que le sexe était déterminé en plusieurs étapes (cohérentes quand tout de passe bien) : sexe chromosomique, sexe phénotypique et sexe hormonal. Il ou elle disait que lorsqu’une de ces étapes se passe différemment du programme prévu par les deux autres, la personne peut être désignée comme intersexe. La définition qui en est tirée du sexe est non binaire, et un peu plus compliquée que la vôtre. En revanche, pourquoi dites-vous que votre définition est plus performante ?
– Plus précisément, quels critères doit vérifier une définition (du sexe) pour être valide ? À quel point doit elle être fonctionnelle (descriptive d’une fonction), structurelle (comme la vôtre semble l’être dans les faits), prédictive (les mâles peuvent faire ça, les femelles ça)… ?
Merci beaucoup.

Bonjour !
Je vais dédier le prochain article du blog aux questions que j’ai reçues sur cet article, je répondrai donc à vos questions à cette occasion. Je ne peux pas assurer sa date de parution mais il sortira un mercredi de ce mois-ci.
Mercie à vous.

Ça me fait rire ces définitions basées sur le sexe à la naissance.
Du coup les médecins qui déterminent le sexe par échographie en pré natal ils et elles font comment ? Iels sont devin ?

Ce n’est jamais mentionné et ce n’est pas un hasard !
C’est surtout parce que leur terminologie de « assigné à la naissance » a été reprise de l’expérience des personnes avec un TDS… et ne s’applique donc absolument pas aux personnes dyadiques. Qui représentent la majorité de la population, trans et non-trans.

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