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Ce que nous avons contre l’utilisation du mot « queer »

C’est un mot de merde. Point.


Nous n’aimons pas le mot queer. La principale raison est qu’il est de plus en plus utilisés par des gens qui ne devraient pas se le permettre, parce qu’il est utilisé pour parler de la communauté LGBT+ au sens large.

J’ai personnellement appris à détester ce mot en voyant de nombreuses personnes le rejeter et se voir qualifier de queer contre leur volonté. En voyant des gens parler de leur expérience horrible de harcèlement sous les coups de cette insulte, pour la voir être joyeusement utilisée par des jeunes qui ne la subiront jamais. Qui restaient dans le placard en voyant leur famille qualifier de queer les homosexuels à la télévision. Bref, mon expérience est construite sur l’écoute des gens concernés (les homosexuels vivant aux US et UK). Et les comportements dénoncés, je les retrouve dans les espaces queer et féministes français.

Définition

Le mot queer vient de l’Anglais et signifie littéralement « bizarre, étrange ». Il a été utilisé pour insulter les homosexuels pendant des dizaines d’années, et est donc l’équivalent de mots comme « salope » ou « tapette », en français. A savoir, des mots qu’une personne entends en se faisait frapper à l’école, ou par des inconnus dans la rue tard le soir. Des mots qu’on aimerait pas entendre.

Récemment (et par récemment je veux dire que ça date de ce siècle) l’utilisation du mot a été modifiée. Il signifie toujours bizarre, mais désormais c’est possible de l’utiliser pour parler des homosexuels, bisexuels, transgenres et autres sans problème. Il n’a jamais eu de connotations négatives en France, et donc la communauté française ne voit pas de problèmes à son utilisation. Nous sommes concernées, et cela nous pose un problème.

Réappropriation

La réappropriation d’une insulte est un concept qui est énormément critiqué mais dont l’idée de base est compréhensible. Il s’agit pour un groupe concerné de reprendre une insulte pour en faire un mot positif, sans connotations insultantes. En anglais, ces mots sont des « slurs ». On ne les utilise pour insulter qu’un groupe prédéfini. L’idée est donc de reprendre cette insulte pour se la réapproprier.

Le problème de la réappropriation, c’est que d’un coup tout le monde se sent légitime à utiliser ce mot. Notre vision, c’est que si un mot comme « salope » devient acceptable, cela permet avant tout aux hommes de l’utiliser sans conséquences, pas d’empêcher qu’il soit utilisé. Hors, aucune femme ne devrait se faire appeler salope, d’après nous. Aux US, le phénomène se traduit pas des « slut walk » pour protester le sexisme, ce qui revient à permettre aux hommes d’encourager des femmes qui se promènent en petite tenue dans la rue. Est-ce que ça aide les femmes qui se font insulter ? Pas vraiment. Le phénomène est le même avec le mot queer.

L’autre problème est que ce mot est réapproprié par des gens qu’il n’a jamais insulté. La communauté LGBT est composée d’homosexuels, de bisexuels, de transgenres, et de plein d’autres identités. Comme ce mot n’insultait que les homosexuels à la base, il ne peut être réclamé que par eux. Or, il ne désigne pas aujourd’hui les hommes gays et les lesbiennes, mais tout le monde. Oui, même les hétéros. Car il y a des hétéros dans la commu, il y en a même beaucoup.

Imaginez un groupe d’homme qui se réapproprie le mot salope. C’est à peu près ce que ça donne.

Le dernier point est que la réappropriation est une démarche personnelle pour une personne d’un groupe oppressé. Si une femme ne voit pas de problème à être qualifiée de « salope » et trouve une fierté dans ce mot, grand bien lui fasse, mais cela n’autorise pas pour autant l’utilisation de ce mot pour qualifier d’autres femmes. Ni par celles qui aiment ce mot, ni par n’importe qui d’autre, et surtout pas par la classe oppressive : les hommes. Et c’est pour ça que l’utilisation du mot queer me pose problème, ainsi qu’à d’autres : je ne suis pas queer. Je suis bisexuelle. Je n’ai rien réclamé. Et je ne suis pas d’accord pour être qualifiée de bizarre sur la base de ma sexualité.

La connotation du « bizarre »

Les homosexuels ont toujours été vus comme bizarres, étranges, une sorte de variation anormale et perverse de l’hétérosexualité. Être gay, ça a toujours été (et c’est toujours) être qualifié d’anomalie. Il suffit de regarder les vieilles lois homophobes pour s’en rendre compte : En France, les actes homosexuels étaient une « attaque à la pudeur ». Très progressif n’est-ce pas ?

Cette vision hétérosexuelle de l’homosexualité se reflète à travers le mot queer. Ce mot n’a jamais été employé pour parler d’autre chose. Les rares personnes trans à avoir été qualifiées de queer étaient souvent des drag-queen homosexuelles, à savoir des hommes gays, ou ont été victimes d’homophobie mal dirigée à cause de leur non conformisme de genre, qui est l’apanage de l’homosexualité.

De nos jours, l’association existe toujours. La preuve la plus flagrante est l’apparence de ce qui était avant la communauté homosexuelle : on y trouve des gens qui n’aiment pas le sexe, qui aiment le cuir, qui se travestissent pour le jeu ou la gratification, qui veulent avoir plusieurs relations en même temps, bref, toutes les variations du modèle hétérosexuel classique. Car aucune de ces personnes n’a besoin d’être homosexuelle. Aimer le bondage hétéro rends queer, de nos jours. La communauté est devenue le point de rassemblement de toutes les personnes qui se sentent marginalisées en raison de leurs pratiques sexuelles. Même les pédophiles ont essayé de se faire passer pour une sexualité normale.

Pour que tout le monde trouve logique d’associer le BDSM et les pédophiles à l’homosexualité, il faut que nous vivions dans une société homophobe. Surprise ! C’est le cas. L’homosexualité n’est pas bizarre, perverse, ou n’importe quoi d’autre. Elle est naturelle, neutre moralement, et ne fais de mal à personne. Qualifier les homosexuels de queer, c’est un manque de respect énorme, surtout venant de personne hétérosexuelles qui veulent profiter de l’oppression des gays.

Les concernés n’aiment pas ce mot

Surtout depuis qu’il a commencé à être utilisé par n’importe qui n’importe comment, d’ailleurs. Les homosexuels, qui sont les cibles de cette insulte à la base, n’aiment pas ce mot. Sans grande surprise. Mais c’est encore plus vrai depuis que des hétéros l’utilisent pour se décrire, histoire d’avoir une place dans la communauté. Pour cette raison, en plus de la raison d’origine liée à la nature insultante du mot, beaucoup d’homosexuels ont développé une allergie au terme queer.

Le fait qu’il soit désormais utilisé pour parler de toute la communauté n’arrange pas les choses. Les homosexuels préfèrent se définir par leur attirance pour le même sexe puisque, évidemment, il s’agit là du seul et unique critère pour être homosexuel. Définir l’homosexualité autrement revient à en changer la nature, souvent de manière négative et insultante. Non, les homosexuels ne sont pas attirés par le genre. Non, ils ne sont des fétichistes génitaux. Non, ils n’ont pas besoin de prouver qu’ils sont vraiment homosexuels en couchant avec des personnes trans du sexe opposé. En revanche, ils ont le droit de se définir selon leurs propres termes, sans intervention extérieure.

Petit rappel que 94% des personnes LGBT ayant répondu à une enquête sur le sujet[1] ne s’identifiaient pas comme queer.

Queer ne signifie rien

Là on est face à un « vrai » problème. C’est que quand on lit un article ou qu’on écoute une conversation et que quelqu’un dit être « queer », il est impossible de savoir ce que cette personne veut dire. Est-ce que cette personne se considère d’un genre différent que celui dans lequel elle a été socialisée ? Est-elle attirée par les personnes de même sexe ? Ou est-elle simplement attirée par l’idée de faire des plans à trois ? C’est impossible de savoir, parce que les mots ont perdu leur sens.

Pour rappel, le langage est censé faciliter la communication. Si queer ne veut rien dire, alors ce mot est complètement inutile, même si certaines personnes aiment se définir comme tel. Certaines identités prennent en compte le mot queer, comme être genderqueer ou les relations queerplatoniques. Le problème, c’est que ça non plus on ne sait pas ce que ça veut dire, et ce n’est pas faute d’avoir essayé de demander.

Notre conclusion, c’est que maintenant queer veut juste dire « en dehors de la norme hétérosexuelle ». Cette norme, c’est un couple monogame, cisgenre et hétéro bien sûr, qui suit le modèle de la famille nucléaire et qui pratique des relations sexuelles vanilla. Donc queer, c’est tout ce qui sort de cette norme. Tromper son partenaire ? Queer. Ne pas aimer le sexe ? Queer. Faire des plans à trois ? Queer. Le BDSM ? Queer. La colocation avec des bons amis proches ? Queer. Être non-conforme à son genre ? Queer. Ne pas avoir d’enfants ? Queer. Et bien sûr l’homosexualité ? Queer.

Le problème, c’est que bien que sortir de la norme puisse poser des problèmes, ce n’est pas une oppression. Les asexuels ne sont pas oppressés parce qu’ils ne veulent pas de relations sexuelles, parce que les allosexuels célibataires ne le sont pas non plus et qu’on ne peut pas faire la différence. Et c’est pareil pour tout le reste. Les personnes qui subissent une oppression systémique, à savoir qui provient du système, sont les homosexuels. Ce sont eux qui ont moins de droits et qui sont pénalisés en raison de leur sexualité. Et cette oppression est encore plus grande pour les femmes homosexuelles et bisexuelles.

Si queer ne veut rien dire, on ne peut pas se battre pour les droits d’une telle catégorie. Les « droits queer » sont juste un moyen de détourner l’attention vers les hétérosexuels. Le visage actuel de la Pride en est un témoin flagrant, puisque même les fétiches sexuels sont acceptés. Par contre, dire qu’une lesbienne ne peut pas aimer les pénis est réprimé.

Conclusion

Nous sommes contre l’utilisation du mot « queer » par des personnes non concernées pour décrire l’ensemble de la communauté, et nous sommes contre sa réappropriation dans la mesure où c’est une démarche que nous trouvons inutile et dangereuse. Notre problème principal est la nonchalance avec laquelle cette insulte est utilisée pour décrire les homosexuels sous le couvert de la « réclamation ». Non, cette insulte n’est pas acceptée par la majorité, loin de là.

Nous comprenons le désir de se réapproprier un mot douloureux, mais encore une fois cette démarche est personnelle. Personne ne devrait être qualifié de manière insultante sans son accord, et nommer toute une communauté par une insulte ne permet pas d’obtenir l’accord de 100% des membres.

Le fait que le mot « queer », en plus de ne rien signifier à par bizarre, soit utilisé au nom de l’inclusion, est également source de problèmes. La communauté LGBT n’a pas à être inclusive ! Le but ne devrait pas être d’accommoder tout les hétéros qui se sentent oppressés, et le but ne devrait surtout pas d’utiliser un mot qui empêche toute distinction. Les lesbiennes subissent une invisibilisation terrible en faveur des trans et de tout ce qu’il y a derrière, de la part des associations qui sont censées les aider. Ce n’est pas tolérable.

Sources externes :
(1) Study Shows Only 6% of the LGBT Community Identifies as “Queer”


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CC BY-NC-SA 4.0

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