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Féminisme libéral, féminisme radical et fausse binarité

J’ai décidé d’écrire cet article parce qu’il devient évident, à mes yeux, que de plus en plus de femmes voient le féminisme de manière binaire. Or, la réalité est plus compliquée que ça. Je suis du genre à simplifier les problèmes complexes pour les rendre compréhensibles, pour moi-même et pour vous, mes lectrices. Mais je n’aime pas les analyses simplistes pour autant. Ce que j’aime, c’est l’exactitude et la connaissance. Et aujourd’hui, j’ai envie de parler de l’opposition qui a été faite entre le féminisme libéral et le féminisme radical.

Des notions opposées ?

Ce qu’on appelle « féminisme » est un mouvement de libération des femmes. C’est comme ça que je le décrit de la manière la plus simple possible. En conséquence, si un mouvement n’est pas pour les femmes, n’aide pas leur libération, n’en a pas l’objectif, ou n’est pas réellement un mouvement, ce n’est pas du féminisme.

En France, les voix du féminisme radical sont celles de Marguerite Stern et Dora Moutot, deux femmes que je respecte profondément, deux femmes très différentes qui se retrouvent dans cet activisme. Elles participent et créent un mouvement dont le but principal est la reconnaissance de l’oppression spécifique vécue par les femmes en raison de leur sexe. Dans ce combat, elles se retrouvent face à des féministes libérales, qui prônent l’idée que l’oppression des femmes est due à leur genre, à leur identité féminine.

Ces notions sont en totale opposition.

Et si ces notions sont en totale opposition, alors l’une des deux ne peut pas être féministe. Car si un mouvement pour la reconnaissance de l’oppression basée sur le sexe est féministe, un mouvement basé sur l’effacement du sexe au profit du genre est foncièrement antiféministe. Pas juste « non-féministe », ou neutre. Mais antiféministe.

Je ferais, un jour, un article complet sur l’absurdité de décrire le mouvement post-moderne actuel comme féministe.

Qu’est-ce que le féminisme

Au fond, le féminisme est une action. Ce qui signifie que toute action entreprise qui permet d’avancer la libération des femmes est féministe, qu’elle soit décrite de cette manière ou pas. Et, en revanche, ce n’est pas parce qu’une action se déclare féministe qu’elle l’est. Je me souviens avoir lu un excellent livre sur la douance chez les femmes, livre que je recommande par ailleurs, il s’agit de « La femme surdouée« , par Monique de Kermadec. Plusieurs fois au début du livre, l’autrice se dédouane de tout potentiel backlash en affirmant qu’elle n’a pas écrit ce livre dans une perspective féministe. Mais, en écrivant un ouvrage concentré sur les femmes, et les aidant à s’affirmer dans leur différence et dans leur force, elle a en réalité créé un formidable livre féministe.

A l’inverse, les nombreuses campagnes « féministes » dont le résultat est l’aliénation des droits des femmes, ou leur invisibilisation, ne sont en rien féministes.

Voici donc ce que j’essaye d’expliquer : il n’existe pas que le féminisme radical et le féminisme libéral. Par ailleurs, il existe une vraie forme de féminisme qui peut être basée sur une analyse libérale. Comme je suis radicale, je doute de l’efficacité d’une telle démarche. Mais un féminisme imparfait vaut bien mieux qu’un antiféminisme déguisé en libération des femmes.

Je préfère largement les féministes libérales qui militent activement pour la légalisation de l’avortement en défendant les pronoms des hommes trans-identifiés aux femmes comme Judith Butler qui souhaitent une déconstruction totale du concept même de sexe. La première option, bien qu’imparfaite, apporte quelque chose de vraiment positif pour la libération des femmes.

Et au-delà de cette fausse dichotomie radical/libéral, il existe de nombreuses manières d’être féministe. Des manières qui vont au-delà de l’idéologie, qui vont dans l’action directe et dans les besoins communautaires et locaux des femmes.

L’idéologie et la pratique

Pour être féministe radicale, il faut adhérer à l’idéologie qu’est cette forme de féminisme. Par exemple, on ne peut pas être une radfem et être pro-porno, parce que l’idéologie radicale et féministe est foncièrement contre la pornographie. En conséquence, puisqu’il faut connaître les principes d’une idéologie pour y adhérer, se dire radfem demande d’avoir étudié le sujet, de s’être renseignée, et de connaître au moins un peu l’histoire du mouvement.

C’est à la fois une faiblesse, car ces informations ne sont pas toujours accessibles, mais c’est aussi une force, car l’éducation est une forme de pouvoir. Beaucoup de radfems sont des femmes ayant un parcours académique ou universitaire. La science est très importante pour une idéologie qui se base sur le Marxisme et sur les réalités observables.

Mais il est aussi possible d’être radfem « sans le savoir », quand une femme a des positions politiques qui s’alignent avec l’idéologie féministe radicale. Dans beaucoup de pays, quand le patriarcat est explicite et écrasant, les femmes n’ont pas d’autre choix que d’adopter une forme de féministe radicale qui s’attaque à la racine du problème. C’est le cas quand des femmes combattent l’industrie de la beauté, le trafique de femmes pour la prostitution, ou les religions organisées.

En pratique, le féminisme radical a ses défauts, notamment l’inaction provoquée par l’analyse. Et il n’existe pas qu’une seule manière d’être féministe. Chaque action collective compte. Posie Parker, une des femmes critique de l’idéologie transgenre les plus détestées de Grande-Bretagne, n’est pas une radfem. Cela ne l’empêche pas d’être régulièrement qualifiée de TERF (qui est censé signifier « féministe radical qui exclue les transgenres »).

Conclusion

J’ai tendance à défendre l’idée que les étiquettes sont importante ; que les mots que nous utilisons pour nous décrire ne sont pas vides de sens. Pour cette raison, j’encourage toute femme qui se dit « radfem » a explorer ses connaissances sur l’idéologie féministe radicale, pour voir si ses croyances sont alignées sur celles qu’elle prétend défendre. Et dans le cas contraire, ce n’est pas grave.

Il existe beaucoup de manière de pratiquer le féminisme, et les femmes n’ont pas à être parfaites. Je considère que nous devons pratiquer ce que nous prêchons, et que nous devons savoir en quoi nous croyons en terme d’idées politiques. Le plus important est de vivre en adéquation avec nos valeurs féministes, et d’agir.

Cet article est dédié à toutes les femmes qui n’aiment pas le mot radfem, à celles qui se disent radfem mais ont encore beaucoup à apprendre (comme moi), à celles enfin qui ne sont pas radfems et ne prétendent pas l’être, mais dont les actions nous aident à avancer. A toutes les femmes qui éduquent, qui militent, qui vont en manifestation, qui sont bénévoles, qui donnent de l’argent pour la cause des femmes.

Voues êtes importantes. Vos actions sont importantes.

Sources externes :
(1) La Femme Surdouée, de Monique de Kermadec, Albin Michel
Ceci n’est pas un lien sponsorisé ou affilié. Je ne gagne pas d’argent si vous décidez d’acheter ce livre.

CC BY-NC-SA 4.0

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