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Un monde sans genre


Que serait un monde sans genre, et pourquoi les féministes radicales et les abolitionnistes du genre y tiennent tant ? Pour quelqu’un qui n’a pas fait de recherches approfondies sur l’impact du genre dans nos vies, cette question est loin d’avoir une réponse évidente. Laissez-moi essayer de décrire un monde, sans la notion du genre, puis d’approfondir sur les raisons pour lesquelles le genre est toxique.

Le genre dans l’éducation

La socialisation liée au genre commence tôt, très tôt même, avant qu’un enfant ne soit né ses parents ont déjà des attentes qui sont liées au sexe. Vous avez peut-être déjà entendu dire qu’un garçon est plus facile à éduquer, qu’une fille est plus émotionnelle ou coûte plus cher, ce genre de choses.

Dans un monde sans genre, il n’y aurait aucune attente basée sur le sexe en terme de socialisation des enfants. Bien sûr les courbes de poids, les examens médicaux, etc seraient toujours faits en prenant en compte le sexe, mais on n’entendrait plus les médecins ou les parents faire de remarques sur un bébé en disant qu’elle devrait maigrir, ou disant d’un bébé qu’il est un séducteur car il attrape le sein de sa mère.

Les jeunes enfants ne seraient pas non plus codés par couleur avec une gamme de vêtements, de jouets et d’accessoires bleus ou rose, sans autre choix. Il y aurait des gammes de vert, de jaune, de violet, de blanc, de beige, et un garçon pourrait porter tout en rose que personne n’assumerait qu’il s’agit d’une fille juste sur cette base.

En grandissant, les enfants auraient le choix de jouer avec ce qu’ils veulent, et de s’habiller selon leurs goûts. Il n’y aurait pas de rayons de jouets séparés entre « fille » et « garçon », les robes et les jupes ne seraient pas obligatoires pour les filles en certaines occasions, les garçons auraient le droit de mettre du vernis et d’avoir les cheveux longs. Les enfants pourront choisir entre des vêtements confortables et pratiques comme les pantalons ou légers et habillés comme les robes, peu importe leur sexe.

D’un point de vue plus profond, les filles n’entendrait pas tout le temps qu’elles doivent être prudentes, ne pas se salir, faire attention, alors que les garçons sont encouragés à prendre des risques même lorsque cela les mets mal à l’aise. On n’attendrait pas des garçons qu’ils soient violents, jouent à se battre et à la guerre. On ne balayerai pas les protestations d’une fille qui se fait tirer les cheveux ou soulever la jupe d’un cynique « il va falloir t’y habituer » ou « c’est comme ça que sont les garçons, c’est parce qu’il t’aime bien ».

Les enfants grandiraient dans un monde ou leur sexe ne joue aucun rôle dans le type de métiers qu’ils peuvent faire. On ne dirait pas « infirmière et médecin », mais « infirmière et infirmier ». Les filles ne seront pas destinées à être coiffeuses, mères au foyer et stylistes, tout comme les garçons ne seront pas encouragés qu’à des métiers comme médecin, pompiers ou soldat.

A l’adolescence les choix de filière ne se feront pas non plus selon le sexe, avec des compétences jugées plus « féminines » comme la créativité et le soin, et d’autres plus « masculines » comme l’informatique et le travail manuel. Les jeunes auront l’occasion d’apprendre tout un panel de compétences pour choisir leur voie sans être jugés en fonction de leur sexe.

A l’âge adulte, on pourra observer les mêmes phénomènes que dans l’enfance : les vêtements ne seront pas triés entre femmes et hommes pour des raisons de style, mais pour des raisons de morphologie, et seulement si nécessaire (comme les chemises, ou les sous-vêtements). Il n’y aura plus de rayon femmes et hommes pour les savons, les shampooings, les rasoirs, les crèmes hydratantes, les brosses à dents et les coupes-ongles. Le genre ne sera plus un objet de marketing, chacun-e sera libre de porter et mettre ce qu’iel veut.

Puisque le genre ne sera plus un outil marketing, on pourra observer la disparition de la fameuse « taxe rose » destinée au produits pour filles et femmes. Il n’y aura plus de différence de prix entre les coupes hommes et femmes chez le coiffeur, juste une différence entre les coupes longues ou courtes.

On attendra plus des hommes qu’ils travaillent tard alors même qu’ils ont des enfants à la maison, et des femmes qu’elles arrêtent de travailler pour s’occuper des enfants. On attendra pas des femmes qu’elles priorisent leur mari et leur famille par rapport à leur carrière professionnelle, tout en attendant le contraire de la part des hommes. Les deux parents auront droit à un congé parentalité égal, avec des aides qui prennent le sexe en compte (car ce n’est pas le père qui aura accouché, bien sûr).

Les notions comme la charge mentale seront mieux réparties car il ne sera pas acceptable socialement pour un père de laisser sa femme tout faire juste parce que « c’est comme ça ». Les hommes apprendrons à faire la cuisine, le ménage, à s’occuper des enfants, et feront toutes les tâches quotidiennes au même titre que les femmes. Il ne sera pas vu comme bizarre qu’une femme répare la voiture ou s’occupe du jardin.

On attendra pas plus des femmes qu’elles aient des enfants que des hommes, car la maternité ne sera considérée que comme une option possible en raison de leur sexe, et pas un rôle dans la société.

Les homosexuel-les ne seront pas jugé-es sur leur apparence trop féminine ou masculine. On ne leur dira plus qu’iels « imitent » l’autre sexe et on ne les discriminera pas sur le fait qu’iels ne peuvent pas avoir d’enfants biologiques. Comme la sexualité ne sera plus genrée, il y a des chances qu’iels expérimentent moins de discriminations basée sur leur attirance exclusive pour le même sexe.

Genre et discriminations

Le genre n’est pas la source des discriminations d’un groupe (i.e. les femmes ne sont pas opprimées parce qu’elles sont féminines), mais le moyen d’oppression. Cela signifie que le genre est un outil au service d’une classe dominante, ici les hommes. C’est également une hiérarchie.

Dans un monde sans genre, donc sans rôles sociaux créés pour bénéficier à une catégorie de personnes, une grande partie des discriminations que subissent les femmes va disparaît. Je parlais plus haut du fait que les femmes et les hommes pourrons choisir librement un métier, mais pourquoi donc ne peut-on pas déjà faire ça à l’heure actuelle ?

C’est parce qu’une femme qui veut devenir ingénieure, médecin ou astronaute va faire face à ce que les gens perçoivent de son genre : les femmes sont moins douées en science, plus émotionnelles, plus fragiles, pas adaptées à ce genre de métier. En face, un homme qui veut devenir infirmier ou coiffeur sera perçu comme « trop bien » pour ce genre de métiers, ou homosexuel (car efféminé), et bénéficiera de ce qu’on appelle l’ascenseur de verre.

Il y aura également moins d’excuses faites pour les hommes violents, car sans naturalisation du genre (voir : essentialisme) la violence ne sera pas considérée comme naturelle ou faisant partie de la nature masculine. On n’entendra plus de phrases comme « Il ne pouvait pas se contrôler » quand on parle d’un homme qui battait sa femme ou qui a commis un viol.

De la même manière, une femme qui a tué son mari en se défendant de violence ne sera pas jugée plus durement, car on ne considérera pas que c’est son rôle de rester malgré tout, ou qu’elle doit donner un nombre de chances infini à un homme violent.

L’abolition du genre détruirait l’idée que les femmes sont naturellement soumises aux hommes, que leur fonction est de procréer et de donner du plaisir sexuel aux hommes, qu’elles sont là pour les servir. Ces idées sont encore très présentes en France actuellement, mais elles sont plus diluées, camouflées.

Des phénomènes comme la prostitution (l’idée qu’il est normal qu’un homme puisse acheter une femme) ou les féminicides découlent directement de ces croyances, et ne sont que la partie la plus visible et violente de l’iceberg de la misogynie. Sans le genre, il ne serait pas acceptable d’acheter un humain pour son plaisir sexuel simplement en raison de son sexe.

Le genre est inégal en terme de limitations sociétales. Il ne touche pas les hommes et les femmes de la même manière. C’est pour cette raison que, même si l’abolition du genre pourrait être bénéfique pour les hommes, comme actuellement il leur sert, les hommes vont y résister, car les pertes seront plus grandes que les bénéfices. C’est aussi pour ça que le féminisme n’est pas pour tout le monde, et surtout pas pour les hommes.

Quand un homme subit des violences liées au genre, ce n’est pas une fonction mais un bug du système. C’est parce qu’il ne conforme pas à la masculinité qu’on attends de lui. C’est le patriarcat qui, au lieu de l’aider, lui tire une balle dans le pieds. Lorsque ça arrive, les hommes blâment les féministes et utilisent cet exemple pour argumenter que les féministes devraient s’occuper des problèmes des hommes. Mais rien ne les empêche de créer leur propre mouvement de libération. Ils n’en ont juste pas envie.

Conclusion

Le but de détruire le genre, au-delà des raisons exprimées dans la première partie, serait de réduire les violence et l’impunité des hommes dans tout les domaines. Cela ne peut pas résoudre tout les problèmes, car pour libérer toutes les femmes il faudrait détruire tout les systèmes d’oppression qui peuvent nous limiter (racisme, capitalisme, homophobie…), mais puisque le genre est le premier outil pour nous opprimer dans toutes les sociétés de la planète, ce serait un bon début.

Un monde sans genre sera très difficile à atteindre, mais les bénéfices pour les femmes seront immenses en terme de liberté. C’est pour cette raison que les féministes radicales sont abolitionnistes du genre. Ne croyez pas les gens qui vous disent que supprimer le genre restreindra les membres d’une société : en se débarrassant d’un système de rôles restrictifs, on ne peut qu’augmenter la liberté.


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CC BY-NC-SA 4.0

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